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  ~~ Livre sur la pensée militaire ~~

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MessageSujet: ~~ Livre sur la pensée militaire ~~   Ven 24 Sep 2010 - 16:25

La pensée militaire au Moyen Age





Introduction

L’erreur la plus courante est de considérer cette période comme un passage "figé", sans évolution aucune, qui se situerait entre la fin des invasions barbares et la Renaissance. Au contraire, les habitants sont inventifs, curieux, observateurs. Les techniques évoluent et le sentiment de l’appartenance à un même pays prend forme petit à petit. Il est pourtant vrai que, par rapport à notre siècle passionné par la vitesse et le progrès, les changements sont lents, peut être imperceptibles, mais réels et profonds. Si les artisans sont très habiles et les avancées empiriques nombreuses, la pensée formalisée et en particulier les connaissances théoriques en sciences n’évoluent que très lentement. Le savoir reste basé sur les écrits des anciens savants grecs. Les ouvrages de Héron le Jeune ou l’encyclopédie de Constantin Porphyrogénète copient largement dans leurs œuvres, sans apporter d’éléments significatifs. Le calcul décimal n’arrivera qu’au XIIème, les règles de la perspective sont inconnues et le dessin "technique" (multiplicité de vue et utilisation de la géométrie plane dans différents plans) est absent . D’un autre côté, la vie artistique et culturelle se développe avant d’ouvrir vers le quattrocento italien. La diffusion d’une avancée est limitée, d’autant plus que les tours de main sont l’objet d’un secret jaloux (ce qui ne veut pas dire qu’il existe des guildes fermées : l’organisation sociale ne le permet pas avant la toute fin de la période). Evidemment, la théorie atomique et la thermodynamique apparaîtront des siècles plus tard. L’absence de progrès avait ses germes dans la situation initiale : l’Empire romain est connu pour son immobilisme en matière de progrès théorique, les invasions barbares détruisent le tissu culturel et social existant (ce qui ne veut pas dire qu’ils n’apportent rien, mais leur histoire mouvementée n’a pas conduit au développement d’une école de pensée ou de progrès théorique). Le seul Etat conservant une relative stabilité, Byzance, qui est marqué par un intégrisme religieux (avec pour conséquence, entre autre, la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, impie pour ses ouvrages païens) et une décadence politique. La Renaissance vient avec la stabilité (toute relative) carolingienne. Les Universités (cinq en France avant 1300) sont les fondements d’un retour à une formalisation. Malheureusement les méthodes et la pensée, basées sur les écrits des anciens, passés au crible des censeurs pontificaux, nous sembleraient sclérosées et dénuées de toute "rigueur scientifique". La transmission des documents se fait par le biais de copistes qui sont, contrairement à une légende tenace, aussi bien des femmes que des hommes, ou des laïcs travaillants pour le compte de congrégations. Si savoir lire est rare, et les femmes sont au moins aussi nombreuses à posséder cette connaissance que les hommes, et ce d’autant plus que nombre d’entre elles vont devenir de facto régisseur du domaine lorsque leur époux partent guerroyer. A cette époque, les scientifiques arabes sont bien plus ouverts et maintiennent un socle de connaissances en astronomie, en mathématiques (avec la trigonométrie), en chimie élémentaire et en médecine (à une époque où l’étude du corps humain se faisait en Europe par le biais des ouvrages d’Hippocrate, où la théorie des humeurs avait la préférence et où l’étude anatomique avait des relents de bûcher)... D’ailleurs nombre d’écrits grecs nous sont parvenus par l’intermédiaire des bibliothèques de Bagdad et Cordoue. L’état de l’enseignement en Europe est au delà du lamentable. Les mathématiques se limitent aux opérations simples. Encore faut il être érudit pour se voir apprendre la multiplication (et ce uniquement dans les universités réputées du sud), sans parler de la division. Il faut dire que les méthodes choisies sont particulièrement en contradiction avec notre vision de la pédagogie. Le ‘par cœur’ est considéré comme évident, les écrits rares car chers et les cours consistent le plus souvent en un exposé en chaire d’un ouvrage de référence annoté des gloses du maître. La remise en cause de leurs écrits est scandaleuse. Pourtant... le Moyen Age est marqué par nombre d’inventions, des progrès constants dans l’agriculture, l’utilisation des énergies hydrauliques, la métallurgie... Que lui reprocher ? Peut être l’absence de formalisation de ce savoir potentiel.

Commandement et pensée militaire

Les opérations militaires, l’action violente, n’ont d’intérêt que pour la réalisation d’un but politique précis. Elle correspond à un élément de la stratégie générale qui comprend action politique, économique, alliances, subversion.... Le but premier et ultime de toute action au Moyen Age est la survie de la lignée et l’accroissement de la puissance et du prestige de la dynastie, et ce dans le cadre de la structure de la société qui impose des contraintes comportementales ou normatives. Evidemment, chaque prince perçoit cette contrainte à travers le prisme de son propre mode de pensée et de ses expériences personnelles. Le jeu de la politique européenne est incroyablement compliqué. Les « grands » sont tous plus ou moins parents, le plus souvent liés par des liens féodaux croisés, dépendant de l’autorité du Pape lequel doit lui-même assurer sa survie temporelle et lutter contre « l’hérésie » byzantine, le tout dans un climat de lutte de pouvoir interne à chaque pays. La vision romantique du chevalier pour tout dire « chevaleresque » n’est pas absente du débat : en fournissant à ces hommes un cadre de pensée et un modèle de comportement, même idéalisé, il influe sur leurs décisions. La très forte structuration de la société, avec une organisation vassalique et un système d’hommages et de devoirs définissent aussi le cadre d’évolution. Tant que les deux camps respectent les mêmes règles implicites, la stratégie est facile à définir et les résultats probables facilement anticipés dans les deux camps. Par contre, la rupture unilatérale des règles conduit à une remise en question de l’ensemble du jeu politique et militaire. Passer de la guerre limitée voire privée entre chevaliers (où l’objectif principal est de mettre à rançon l’autre chevalier sans le mettre à mort) à une stratégie de lutte totale économique ou militaire où l’anéantissement de l’ennemi est le seul but, crée un choc tel, que la partie surprise doit s’adapter ou risquer la destruction totale à court terme. Le grand roi est celui qui est capable de prendre en compte le schéma de pensée dans lequel il évolue, puis d’utiliser ce cadre pour élaborer une stratégie qui justement fait fi de ces contraintes ou qui en utilise tous les avantages. Evidemment ses adversaires vont crier au scandale et mettre en avant son ignominie. Pourtant... ça marche et le vainqueur fait l’histoire.

Exemple : La stratégie de lutte indirecte de Louis XI contre la puissance bourguignonne conduisit à moindre frais, et avec une prise de risque mesurée (par rapport au cataclysme qu’aurait produit une attaque concentrée du Duc de Bourgogne sur le domaine royal), à la destruction totale de la plus grande puissance continentale du moment. La qualité -souvent critiquée - de Louis XI a été ici de favoriser les pulsions autodestructrices du Duc de Bourgogne en le laissant s’épuiser contre de nombreux adversaires, tout en provoquant en sous main rebellions et révoltes pour diluer la puissance bourguignonne et surtout empêcher sa concentration : un Charles le Téméraire occupé à châtier des sujets rebelles n’a plus le temps de penser à la grande stratégie et de prendre du recul. Penser une bataille comme un affrontement « loyal » entre forces équivalentes est la pire des erreurs possibles. Tout l’art du bon général est justement de placer ses adversaires dans une situation impossible et à les contraindre à la bataille dans une position désespérée. Une « bonne » bataille est celle qui est gagnée avant même d’avoir lieu. Un excellent général atteindra le même but sans même une bataille. Dans Warhammer, nous avons une situation idéalisée pour un jeu. Des forces équivalentes éviteront autant que possible l’affrontement : les risques sont bien trop importants de part et d’autre. L’affrontement peut devenir « déloyal » en utilisant de nombreuses ruses et en anticipant bien les mouvements de son adversaire. Warhammer ne représente qu’un toute petite partie de ce qu’est un conflit : une petite bataille entre des forces identiques. Les aspect de gestion du commandement et de gestion à un niveau supérieur sont pris en compte dans des jeux comme Warmaster ou dans des jeux de campagne.



L’état de la pensée militaire



Les traités de tactique ont souvent aidé les « grands » et contribué à la formation des chefs de guerre. Pourtant la période est remarquablement pauvre en documents, traités et ouvrages que nous appellerions de nos jours des "manuels militaires". Les traités militaires majeurs de la période sont avant tout byzantins, seul Etat centralisé ayant conservé une solide organisation avec des régiments soldés et une infrastructure (corps d’officiers, chirurgiens, train...). Il s’agit avant tout d’un recueil de tactiques et de constatations sur le comportement de leurs adversaires et de recettes éprouvées. Elle a le mérite d’éviter les erreurs grossières et les oublis désastreux.

En Occident proprement dit, il n’y a rien de tout cela. Les seuls ouvrages (Guillaume de Tyr, Ambroise, Villehardouin...) que nous ayons sont des récits de campagnes "au niveau du soldat" sans réflexion à aucun niveau que ce soit.
Tactique : la lutte sur le terrain. Par exemple, le fait de savoir comment engager une unité d’archers.
Opérationnelle : la manœuvre des grandes unités. Par exemple, savoir où risquer une feinte ou envoyer une unité quelques jours en avance pour attirer les réserves ennemies.
Stratégique : le but final et les moyens pour l’atteindre. Par exemple, définir une politique de raids couplés à des sièges de villes. Les seuls ouvrages réellement valables sont des règlements d’ordre religieux (templiers, hospitaliers) spécifiant l’entretien à donner à ses armes et le comportement à tenir.
« Le mémoire des Mongols » de Plan du Carpin (1241), complètement ignoré malgré sa grande valeur
« De re Militari » de Végèce, traduit en 1284 par Jean de Mung, annoté et commenté. - « Le Rosier des guerres », ouvrage collectif demandé par Louis XI (1482), pour ses successeurs aborde avec bonheur des questions essentielles comme les moyens de maintenir le moral et la cohésion, de gérer la fatigue, de rechercher la "bonne position" (terme que les étudiants de l’art militaire moderne reconnaîtront), de disposer des unités, de mettre en place la logistique... Cet ouvrage tardif met le doigt sur une vérité « Constance (expérience) aide plus bataille que vertu (courage) , souvent lieu aide plus que vertu, et vertu que multitude. » Mais alors comment s’opère l’enseignement ? Essentiellement par l’exemple et l’encadrement des futurs chefs par des officiers expérimentés. Cela ne veut pas dire qu’ils soient incompétents : le métier de chef exige des connaissances solides en logistique, gestion, tactique, diplomatie, astuce, rouerie, stratégie... Le simple fait qu’un Duc ou un Roi conserve ses terres relève de l’exploit face aux appétits tenaces de ses voisins, dans un monde d’alliances douteuses, de querelles dynastiques et de technologies changeantes. Cependant, penser à un chevalier obtus préoccupé par sa seule gloire est une erreur. Certes, la bravoure au combat est une évidence, mais elle ne fait pas un bon chef. Par contre, la tactique, malheureusement pour les chevaliers, vise souvent à valoriser cette bravoure, quitte à tomber dans l’excès et la bravade.

Pour éviter de généraliser, le Moyen Age a comme toutes les époques été marqué par des chefs exceptionnels, des organisateurs hors pair (comme les frères Bureau) et des nullités absolues. Le manque de formalisation et de transmission des connaissances a un effet immédiat. De nos jours, tout étudiant de la « chose » militaire est nourri de lectures de centaines d’auteurs, d’études de batailles, de traités de stratégie. Il reconnaît plus facilement telle ou telle configuration. Pour ainsi dire, l’éducation de la « chose » militaire est plus facile. A l’époque, les écrits se limitent aux récits anciens (lorsqu’ils sont connus), aux comptes rendus des chroniqueurs et à la mémoire des participants. Or, contrairement à ce que l’on penserait, les batailles rangées de grande taille sont assez rares : escarmouches, razzias et sièges sont plus courants. Aussi, même les plus grands capitaines sont peu armés lorsqu’ils doivent mener des actions de grande ampleur : ils ont du mal à gérer une telle masse. L’autre risque est la répétition des erreurs qui nous paraîtraient grossières mais qui pour les participants relevaient de la logique puisque le savoir accumulé est perdu par chaque génération (n’oublions pas que le Moyen Age s’étale sur près de 500 ans). Pour en revenir à des termes modernes, l’école au niveau individuel, du groupe voire de la compagnie est bien maîtrisée par les officiers et les sergents, mais il n’y a pas d’école de guerre... or on ne gère pas une armée comme un rassemblement de forces, mais comme un tout.



Quelques notions à connaître...



Celui qui étudie les opérations militaires pense souvent en terme de stratégie -ce que l’on veut obtenir et ses moyens- et de tactique -les opérations sur le champ de bataille-. Pourtant, le professionnel pensera aussi opérationnel et logistique. Par opérationnel, nous désignons tout ce qui est compris entre la grande stratégie (par exemple, lancer une offensive au printemps sur telle région pour affaiblir tel duc, envoi d’espions et d’ambassades, organisation de la manœuvre d’ensemble) et la tactique (le fait de décider que telle unité sera à tel endroit sur le champ de bataille). C’est à dire la mise en avant de parties de l’armée comme appâts, le choix de l’ordre de marche etc. etc. La logistique est tout ce qui touche à la survivance de l’armée.

Un grand capitaine est celui qui sait lier tous ces éléments. Prenons l’exemple de Du Guesclin : son but final est clairement identifié (chasser les anglais), sa stratégie d’ensemble découle d’un examen des forces et faiblesses de chaque camp : il refuse la bataille rangée et privilégie les sièges et coups de main. Sa tactique est un mélange d’audace, de coordination interarmes et d’utilisation d’artillerie légère. Son système d’informateurs est bien plus efficace que celui de ses prédécesseurs. Un bon organisateur « opérationnel » sera probablement peu connu du grand public. En effet, par ses manœuvres indirectes il peut arriver à ses buts sans même une grande bataille, ou en se plaçant de telle manière à la rendre inéducable. En d’autres temps, Napoléon, dans la célèbre manœuvre d’Ulm, obtient la reddition de 50.000 autrichiens tournés sur leurs flancs et trompés par des maîtres espions. Les Soviétiques maniaient aussi fort bien ce concept en utilisant des unités non pas pour gagner une bataille, mais fixer leur ennemi assez longtemps pour que d’autres parties du front soient découvertes. Tactiquement leurs adversaires pouvaient obtenir des succès, mais le front lui-même explosait ailleurs, et ce de manière irrémédiable.
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MessageSujet: Re: ~~ Livre sur la pensée militaire ~~   Ven 24 Sep 2010 - 16:26

Comment faire la guerre ?

Présenter globalement ce qu’a été le combat et la tactique sur une période de près de 500 ans est illusoire. Tout ce que vous avez ici sont quelques pistes à explorer. Une idée majeure à garder en tête est la centralisation constante des pouvoirs et les efforts vers la constitution d’armées de métier ou soldées. Pour commencer, rappelons une lapalissade : pour faire la guerre, il faut une armée. Cette remarque n’est pas triviale. Le meilleur chef de guerre n’est pas seulement celui qui sait mener ses hommes à la bataille, mais celui qui sait concentrer une armée, la déplacer et la ravitailler. L’usure (terme militaire désignant les pertes en campagne) est le premier ennemi. Le manque de provisions, une épidémie, les désertions ont réduit nombre d’armées avant même la première bataille. Historiquement, le nombre de morts à la bataille est bien inférieur au total de pertes par maladie. La tendance ne s’est inversée qu’à la fin du XIXième siècle.

Guerre et maladie

Un fait trop souvent ignoré par nos contemporains est l’usure fantastique des armées du passé dans les campagnes, et en temps de paix. Au Moyen Age, ne pas mobiliser de forces hors des campagnes avait un intérêt financier, mais aussi médical. La concentration était toujours propice à la propagation des épidémies. Les révolutions dans la médecine militaire concernent deux aspects : le traitement des blessures dues au combat et la lutte contre les maladies. Le rapport entre le nombre de malades et de blessés n’a jamais cessé de s’inverser, à moins de conditions locales très dégradées. Prenons quelques exemples célèbres : Napoléon a perdu près de la moitié de son armée en Russie à l’aller pour cause de désertion et de combat, mais surtout de maladie. Le typhus exanthématique (maladie rare et peu connue en Europe de l’Ouest) fit des ravages. Pendant la guerre de Sécession, les régiments formés avec un peu plus de 1000 hommes en comptent rarement plus de 600 lors du premier combat, quelque mois plus tard. Les évolutions les plus notables :
L’anesthésie : les opérations sur le champ de bataille étaient non seulement dangereuses à cause de l’infection post-opératoire, mais aussi à cause du choc et de la douleur infligée. A partir du moment où l’anesthésie devient courante (vers la fin du XIXième siècle) le nombre de décès diminue.
La prophylaxie (empiriquement appliquée dès l’Antiquité) : méthode de prévention de la diffusion des épidémies et des maladies. Il s’agit le plus souvent de s’assurer de la non contamination des sources, de l’entretien des lieux d’aisance. Le général Sherman était fameux pour l’attention portée à l’emplacement des latrines. Ce n’est pas anodin. Une dysenterie peut mettre une armée hors d’état. Une des plus grandes réussites de l’armée romaine tient dans son organisation, qui permettait à la majorité de ses hommes de prendre part au combat dans de bonnes conditions.
L’asepsie (à partir du XIXième) : pour éviter les infections, on impose le nettoyage parfait des plaies, des instruments et des hôpitaux à l’aide de désinfectants. Le grand nom du domaine est évidemment Pasteur, qui démontra l’origine bactérienne de nombre de maladies. Elle élimine en grande partie la gangrène.
Le vaccin : prévenant les épidémies et les maladies les plus dangereuses (variole, poliomyélite, tuberculose), il évite nombre de complications (tétanos). Nous oublions de nos jours le traumatisme et l’impuissance de nos ancêtres devant des maladies presque oubliées de nos jours.
Les sulfamides (en application dès les années 1920-30) : substances prévenant le développement des bactéries. Elles ne soignent pas, mais permettent d’augmenter le délai avant prise en charge tout en assurant une bonne probabilité de survie.
La pénicilline/les antibiotiques (premières applications en 1942) : plus qu’une évolution, c’est une révolution absolue dans la médecine militaire. En luttant efficacement contre les infections, elle permet de soigner des cas précédemment désespérés (notamment les brûlures), de diminuer le nombre d’infirmes (avant, dès l’apparition d’un risque de gangrène, l’amputation était de mise). Un exemple frappant est la disproportion entre le nombre de mutilés américains (qui disposaient de pénicilline) et allemands (qui n’en avaient pas) pendant la Seconde Guerre Mondiale. Dans un autre registre, elles permettent la guérison des maladies vénériennes qui ont décimé plus d’une armée.
La préoccupation continue de la survie de l’armée permet d’ailleurs de comprendre des décisions parfois surprenantes : un roi voyant son armée décimée par la maladie peut chercher la confrontation ultime tant qu’il dispose encore de quelques forces. La stratégie de la terre brûlée a repoussé nombre d’invasions. Les raids de destruction sont parfois suffisants pour acculer un adversaire à la reddition. On retrouve, empiriquement, une pensée très contemporaine : on ne détruit pas forcément l’ennemi, mais ses moyens de continuer la lutte.
Avant tout, il faut regrouper l’armée. Charlemagne et les Mongols ont en commun un système de mobilisation parfaitement au point. Chaque comte ou prince sait ce qu’il doit envoyer, quand et où. Ils cheminent par des itinéraires différents (ce qui laisse l’ennemi dans l’expectative quant au "point de concentration" et évite d’épuiser les terres traversées, surtout si elles sont amies). La rapidité est essentielle : la saison de la guerre est courte ! Il faut partir après les semailles et revenir avant la moisson : hormis les rares troupes professionnelles, tous les hommes sont des paysans. D’ailleurs, le roi prendra garde à expédier rapidement la campagne, puisque les barons doivent un temps de service gratuit (en partie descendant de l’Ost franque) le plus souvent de 40 jours. Passé ce délai, chaque noble non soldé (littéralement non payé et "sans contrat") peut partir et retourner dans ses terres avec ses hommes.
Il existe globalement deux grands types d’armée : une armée rapide, légère, à base de cavalerie, destinée à des chevauchées ou des raids. Insaisissable, puissante mais fragile, cette force sert de reconnaissance et mène la "petite guerre" (citation parfaitement anachronique de Clausewitz), c’est-à-dire la guerre d’embuscade et de coups de main. L’autre force est l’armée classique, reposant sur de l’infanterie, lente, suivie d’une foule de serviteurs, commerçants et autres filles de joie. Le chariot est le seul moyen de déplacement des charges indispensables (forge de campagne, fers, équipement de siège...). Tiré par des bœufs (lents, mais robustes et moins chers que les chevaux), ils utilisent les quelques voies praticables, c’est-à-dire le plus souvent des voies romaines entretenues vaille que vaille ou de mauvaises routes couvertes d’ornières. La voie fluviale est une alternative tentante : une coche transporte autant -et bien plus rapidement- que vingt chariots. Les points de passage obligés des armées sont les rares ponts ou gués. Les ponts deviennent alors des objectifs majeurs. Souvent fortifiés, ils sont aussi édifiés à l’intérieur des cités. Les grands ponts de pierre sont rarissimes (et à péage). La seule alternative est la capture de barques auprès des habitants.... Ce qui est des plus aléatoires puisqu’ils se sont empressés de s’enfuir sur l’autre rive avec. La solution nous vient des Anglais à la fin de la Guerre de Cent Ans. Pour éviter que leurs chevauchées soient bloquées par les cours d’eau, ils se dotèrent d’un "train de pont" : ensemble de chariots dotés de tout l’équipement pour lancer des ponts mobiles sur barque ou des bacs. Léonard de Vinci, conscient du problème, proposa lui aussi des solutions techniques. Arrivant vers 700-800, le collier d’épaule rigide augmente considérablement la force de traction des bœufs et chevaux. Couplé à l’attelage en file, cela permet le déplacement des plus lourds charrois. Ces derniers sont encore bien frustres, avec en particulier un avant train fixe, forçant à des virages par ripage. Une fois la concentration réalisée, les problèmes commencent vraiment....
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MessageSujet: Re: ~~ Livre sur la pensée militaire ~~   Ven 24 Sep 2010 - 16:27

Les finances

La question financière est cruciale et conduit parfois à des arrangements avec les villes et places assiégées. L’attaquant et le défenseur font un calcul du coût de l’attaque et des bénéfices espérés. Si ceux ci, en terme financier, stratégique ou politique dépassent les coûts, l’attaque est intéressante. Le défenseur a intérêt à la capitulation rapide s’il pense ne pas être secouru, s’il n’a pas confiance dans la solidité de la place ou a des réserves de nourriture insuffisantes. Payer une rançon est un moindre mal s’il évite le pillage de la place. Il a intérêt à tenir bon s’il pense que l’attaquant se lassera avant lui (ou plus exactement arrivera au bout de sa propre logistique le premier) ou s’il n’a pas le choix (comme dans le cas d’une place royale où la reddition serait vue comme une trahison). L’attaquant a intérêt, dans tous les cas, à faire un siège bref (moins coûteux) et à laisser la ville ou le château intact (pour en retirer des bénéfices). Il a intérêt à négocier, quitte à demander une rançon faible... tout en laissant entrevoir la possibilité d’un pillage en règle si on ne trouve pas d’accord. Le pillage du fait d’une armée est un moyen de récompenser à moindres frais ses combattants. Sa possibilité a un effet dissuasif sur les défenseurs. Dans ce « jeu non coopératif », la solution militaire est souvent la plus sous optimale pour toutes les parties en présence... si l’on oublie les externalités. Prenons par exemple le cas de Château Gaillard. Verrouillant l’accès à la Normandie, il a une grande importance stratégique. Dépendant directement de la couronne anglaise, il a un statut particulier : le commandant de la place ne peut pas négocier. Sa perte serait un coup direct à l’autorité anglaise dans la région et aurait une grande portée symbolique et financière. Il est donc digne d’un siège en règle, long et forcément très coûteux. L’assiéger est d’ailleurs un moyen d’affirmer la puissance royale française qui démontre ses moyens puisqu’elle peut justement se permettre le siège. La motivation première de la troupe est le profit. Tout ce qui lui semble profitable est donc bien accueilli. Par contre, ce qui semble peu profitable soulève des protestations et peut mener à la révolte ou à la désertion. Par exemple, le siège d’une ville est typiquement une bonne chose : ville prise de vive force et pillée ou rançonnée. Par contre il y a peu à gagner dans le siège long et difficile d’un nid d’aigle. Lorsque le souverain manque de moyens, la maraude et le pillage organisé sont un bon moyen de récompenser la troupe, en plus de la nourrir. Vivre sur le terrain est un moyen sûr de ruiner son adversaire, d’alléger sa propre logistique et de faire plaisir à ses hommes. Evidemment, un souverain qui souhaite prendre définitivement une région prendra garde à limiter les excès et à ravitailler ses hommes (un sillage de destruction laisse souvent de mauvais souvenirs aux habitants et réduit leur enthousiasme devant le nouveau suzerain).
Toujours dans cette idée de profit, dans une bataille, le but premier n’est pas de tuer l’ennemi, mais de le capturer. Vivant il paiera une rançon, ce qui permet de financer le coûteux équipement de l’homme de guerre. Il faut aussi y voir un accord tacite entre les hommes de camps opposés : chacun sait que s’il se rend, il sera probablement rançonné, donc conservé en bon état. La rançon a donc pour effet indirect de "policer" le comportement des combattants et d’éviter d’improductifs massacres à grande échelle. La rançon dépend du statut du prisonnier. Des rapports contemporains citent des valeurs variables : plusieurs millions pour un roi, 3000 à 16000 ducats pour un homme d’arme, 350 à 650 ducats pour un archer (ces données sont basées sur le récit de la bataille d’Azincourt). N’imaginons pas pour autant une guerre « propre ». Le bas peuple et la milice ne bénéficient pas de cette protection. Sans moyens pour payer une rançon, ils sont une charge qui ne justifie pas l’effort d’organiser une capture. Ils sont plus facilement tués directement sur le champ de bataille.

La structure de l’armée

L’armée française est organisée sur le modèle de la "Lance". Il s’agit d’une unité administrative comprenant un chevalier (cavalier lourd), plusieurs sergents ou hommes d’armes montés (ils combattent souvent démontés, le cheval leur donne surtout une mobilité stratégique), quelques écuyers et de la piétaille. En tout une cinquantaine d’hommes, progressivement en une unité bien définie de 6 à 8 hommes. L’ordonnance de Charles VII de 1445 précise que la Lance doit comporter un homme d’arme (remarquez qu’on ne fait pas référence à un chevalier mais à un guerrier soldé), un coutilier, deux archers, un page et un valet au minimum. Un écuyer accompagne souvent l’homme d’arme.
Pourquoi cette organisation ? Tout simplement parce que le fractionnement de l’autorité empêche la création de régiments constitués. Il est plus facile pour le roi de convoquer à telle date un chevalier, à charge pour lui d’amener sa Lance. Cette troupe est constituée d’un chevalier, de ses hommes les plus proches (les sergents), de ses apprentis ou servants (les écuyers) et de paysans plus ou moins volontaires venant de son fief (la piétaille). Certains ont comparé cette organisation à celle d’une famille mafieuse où la protection et l’hommage ont le même sens (ceci dit, vu les méthodes d’extorsion de certains chevaliers, ce n’est pas absurde). Au combat, cette formation serait désastreuse et des unités sont construites autour de chaque type de combattant : les sergents montés avec les sergents montés et ainsi de suite. Tous ces "régiments" (le terme est anachronique) sont placés sous le commandement d’un capitaine. N’ayant jamais eu l’occasion de s’entraîner ensemble, on imagine bien que la cohésion est faible. Il faut y ajouter les mercenaires soldés, fournissant nombre et puissance contre argent ou pillage. Cette organisation diffère selon l’époque. A la fin du Moyen Age, les unités professionnelles soldées sont plus nombreuses. L’armée de Bourgogne était elle largement composée de mercenaires, les Suisses de milices, les Anglais d’un mélange de milices, de forces amenées par les barons et de mercenaires. Le détail mériterait plusieurs ouvrages. Oubliez les grades actuels. Grossièrement, il y a : le roi, les capitaines, les lieutenants et les sergents. C’est tout. L’armée hiérarchisée telle que nous l’entendons n’existe plus. Le système romain des officiers professionnels (centurions, tribuns et légats avec état major) ne perdure qu’à Byzance, et encore sous une forme abâtardie par l’introduction de peuplades alliées conservant leur propre commandement clanique. L’Orient, avec les armées parfaitement structurées des Mongols, conserve un énorme avantage organisationnel.
La forme des armées, basées sur les forces amenées par chaque duc, comte et baron, nuit évidemment à la cohésion de l’ensemble. Si la loyauté n’est généralement pas trop versatile au combat (les règles de la chevalerie limitent quand même les trahisons en plein combat), l’interprétation des ordres est très libre. Avant le combat, le plan est décidé par un conseil de guerre regroupant tous les puissants, mais pas forcément les plus compétents sur le plan militaire. La décision finale, souvent interminable à prendre, est le plus souvent celle du plus petit dénominateur entre les désirs de chaque participant (dont les buts réels divergent souvent) et les possibilités réelles de gestion de l’affrontement.
Quelle est la meilleure organisation pour une armée ? Le stratège du Moyen Age était confronté à un problème insoluble : conserver la Lance : elle a des hommes capables de s’adapter à toutes les situations et une bonne cohésion, mais dépourvue de toute adaptabilité sur le champ de bataille (impossible de concentrer les tirs d’archers, impossible de profiter de la mobilité du chevalier monté pour lancer une charge brusquée), ou construire des « forces de manœuvre » plus structurées mais sans cohésion. Lorsque les combattants sont regroupés par type d’armement, ils ne se connaissent pas et n’ont pas bénéficié d’un entraînement commun.
Un sujet peu évoqué et difficile est celui de l’importance de la forme des « unités élémentaires », c’est-à-dire de la brique la plus petite de l’organisation militaire. Le « mur » de bataille est constitué d’un ensemble de briques élémentaires, dont le ciment est le commandement. Sans commandement, les unités se délitent, sans brique, le mur est poreux et sans force.
Cette idée de brique élémentaire se retrouve à tous les niveaux et explique pourquoi des armées plus nombreuses où le combattant individuel est plus aguerri ou mieux équipé ont pu perdre devant des bandes apparemment faibles, mais bien plus organisées.
Au niveau tactique, la plus grande unité est la "bataille" commandée par un puissant, composée de 5 à 15 "bannières" (commandées par un banneret). Ce groupe est constitué autour des bannières les plus reconnues. Leur taille varie, la qualité des hommes est parfois inconnue. Chaque bannière comprend jusqu’à six Lances. Cette organisation aurait pu être intéressante... si elle avait groupé des unités homogènes, et non pas un mélange d’hommes montés et démontés, et de combattants à distance avec des combattants au corps à corps. Ce niveau correspond à la compagnie moderne, au bataillon napoléonien, à la centurie, à un élément d’une cohorte romaine. C’est l’unité de manœuvre élémentaire, c’est-à-dire la plus petite unité dont la disposition est indiquée sur le champ de bataille et dont le mouvement est pris en compte dans le plan d’ensemble.
Au niveau sub-tactique (c’est-à-dire au niveau de l’unité élémentaire, 10 à 15 hommes au plus), la brique de base efficace est constituée de combattants se connaissant bien, s’apportant un support mutuel, capables de mettre en action des tactiques coordonnées. Pour parler plus directement, rien ne sert d’avoir un groupe de dix chevaliers à pied, armurés de pied en cap si chacun recherche la victoire et cherche à montrer sa vaillance. Un groupe coordonné de dix gens à pied armé de bric et de broc le détruira facilement tant qu’il sera capable d’agir par binômes ou trinômes : une partie du groupe tient les chevaliers à distance (armes d’hast ou tactique défensive avec un bouclier) pendant que les autres assaillent les plus avancés à deux contre un, l’un cherchant à se faire engager, l’autre profitant des failles et de la vision limitée du chevalier. Cette disposition explique l’armement apparemment disparate des unités : loin d’être la preuve d’un équipement de mauvaise qualité, il peut démontrer une véritable réflexion tactique et correspondre à une mise en œuvre littéralement inter-armes. Pour exemple, la « phalange suisse » comprend des piquiers assurant une défense anti-cavalerie, accompagnés par des hallebardiers utiles une fois la charge stoppée, tout en intégrant des joueurs d’épée surgissant pour créer la brèche si les deux adversaires se sont imbriqués et que les armes d’hast deviennent inutilisables (leur opposant ayant le choix désagréable de lâcher sa propre hallebarde pour se défendre avec l’épée -et ainsi faire tomber le mur de fer- ou faire confiance à ses voisins pour rester ferme et bloquer l’ épéiste).
Les stratèges de l’Antiquité avaient bien compris l’importance de la solidité de ces briques : le bataillon sacré est une phalange composée uniquement de couples d’amants, image ultime de la construction d’une unité soudée. Les phalanges, agissant par files et non par rangs favorise l’émulation et la camaraderie (le premier rang, place la plus dangereuse et la dernière place, la plus importante pour éviter la fuite, étant réservés à des sous officiers). Les romains, dont la tactique est basée sur l’appui mutuel autour d’un mole défensif.
La solution au problème initial sera la mise en place d’unités professionnelles soldées et surtout pas licenciées en fin de campagne. Elles construisent leur cohésion tout en devenant manœuvrables.
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MessageSujet: Re: ~~ Livre sur la pensée militaire ~~   Ven 24 Sep 2010 - 16:28

Le commandement au combat

Le problème majeur des Occidentaux est la confusion opérée dans leur esprit entre valeur au combat et capacité de commandement. Il est entendu que le roi, non seulement donne des ordres, mais participe aussi à l’action (certes le plus souvent en étant lourdement protégé et entouré de ses meilleurs éléments). Le roi (ou le chef de l’armée) n’est pas forcément le plus compétent pour gérer une armée. Avant tout politique, il ne connaît de la guerre que ce que sa formation lui a appris. Il est nourri de concepts de chevalerie qui lui imposent un comportement où la forme a au moins autant d’importance que le résultat. N’oublions pas qu’il n’est pas infamant de perdre une bataille ou la liberté. Ce qui l’est est de le faire sans honneur. La citation « Tout est perdu, sauf l’honneur » a vraiment un sens. Evidemment, la présence du connétable ou d’un chef de guerre renommé (comme Salisbury) permet d’éviter les erreurs les plus grossières... pour autant qu’on l’écoute. Si le moral est affermi par l’implication du roi, cela entraîne rapidement une rupture totale de la chaîne de commandement et donc l’impossibilité de modifier le plan en cas d’événement imprévu. Encore plus grave, il lui est impossible de se retirer du combat pour étudier la situation, puisque ses hommes risqueraient de se débander en croyant à une retraite. Enfin, la capture ou la mort du roi est une catastrophe. Elle signifie la fin de la guerre et la déroute (comme après Poitiers en 1356). Il faut cependant éviter de généraliser : il a existé de très grands chefs ou connétables. Maîtrisant tous les paramètres de la guerre, ils étaient capables de monter des plans alambiqués, d’adapter leur stratégie, de faire intervenir la politique et les renversements d’alliances. Certains sont très célèbres, comme Du Guesclin, qui sut évoluer devant la menace anglaise. Maître de la guerre d’embuscade et de siège, il savait utiliser les hommes et combiner la puissance des différentes unités tout en évitant la bataille rangée.
Vers le bas Moyen Age, les désastres successifs subis par les hautaines armées de chevaliers firent reconsidérer le rôle du chef. Le roi a plus souvent le rôle de soutenir le moral en se montrant et en menant quelque actions pendant que le commandement effectif est exercé par un général autrement capable. C’est le cas à Bouvines (Philippe Auguste) ou à Marignan (François Ier). Attention, cela ne veut pas dire que le roi n’est pas un bon guerrier au niveau individuel, seulement qu’il ne maîtrise pas forcément la science de la manipulation d’une armée.
Une solution pratique est finalement mise en place : le monarque (François Ier) est présent et affermit le moral des troupes, mais le commandement effectif est laissé à un chef, le connétable de Bourbon qui décide ou « conseille vigoureusement » la stratégie à mettre en œuvre.

L’utilisation des forces

Le déploiement des forces répond au désir de mise en valeur individuelle : les chevaliers et les « grands » se groupent en unités "d’élite" chargées de décider de la victoire ou de la défaite. Elle sont réellement surpuissantes, mais elles souffrent d’un défaut rédhibitoire : la coordination interarmes est presque absente. En effet, les chevaliers méprisent volontiers la piétaille, qui en retour n’a qu’une confiance très limitée dans les chevaliers. Il est arrivé que les fantassins soient abandonnés, voire piétinés par leur propre cavalerie. D’ailleurs cette vision de classe s’étend aux conséquences de la bataille : un puissant sera fait prisonnier et rançonné. Un vilain qui ne peut pas payer sera tué pour éviter la charge de son entretien (enfin pas toujours, cela dépend des dispositions locales puisqu’il serait peu diplomatique d’occire un allié potentiel. Renversements d’alliance et négociations sont de règles). Un autre défaut est l’absence d’un corps d’officiers dans les unités à pied. Certes, les "bandes" d’archers et de piétons sont commandées, mais pas par des chefs ayant leur mot à dire et en particulier pas par des chefs auxquels ils sont habitués. Aussi, les ordres donnés aux fantassins sont souvent très généraux "avancez", "tirez sur cette zone", "tenir sur place" et peu élaborés. La feinte et la retraite simulée sont extrêmement dangereuses car risquent de finir en débandade générale.
Le manque de discipline et d’entraînement des forces risquent constamment de créer une catastrophe et le bon général est avant tout celui qui sait retenir ses unités et les déployer correctement. Les jeunes chevaliers piaffent d’impatience et risquent à tout moment de partir dans une folle charge... ce qui fut régulièrement le cas en France comme en Angleterre, et en général avec des conséquences funestes. Les archers et arbalétriers ont une tendance à vider rapidement leurs carquois en tirant un peu n’importe où (ce qui leur donne une bonne excuse pour se retirer prématurément du champ de bataille : ils n’ont plus de flèches). Les hommes de pied ont une fâcheuse tendance à quitter les rangs par l’arrière ou à mal comprendre les ordres (un provençal, un catalan et un flamant ont peu de chance de se comprendre rapidement).
L’artillerie tire "droit devant" et les concepts de mobilité des feux ou de concentration sont généralement absents , en partie pour des raisons pratiques. Une fois déployée, l’armée n’a plus de mobilité opérationnelle réelle. Cela veut dire que les unités n’ont d’autre choix que de pousser en avant, de manière plus ou moins coordonnée et régulière, sans briser leur front. Les changements de flanc (par exemple avec une aile de cavalerie passant derrière le front pour appuyer l’autre aile) sont rares, tout comme les déploiements élaborés. On cherche un bon champ bien dégagé, avec la possibilité d’appuyer ses flancs sur des obstacles (marais, rivières, villages...) pour éviter d’être tourné.
Un bon chef aura pris garde de constituer plusieurs lignes en profondeur. Ce déploiement peut sembler paradoxal de nos jours : certes, nous laissons une réserve "au cas où", mais nous penserions aussi à allonger la ligne de bataille ou faire une marche de flanc pour tourner l’adversaire. A cette époque, c’est dangereux (mais redoutablement efficace si cela fonctionne) :
La ligne allongée est faible, et l’ennemi concentré sur un point d’impact, peut enfoncer le front.
Allonger la ligne signifie avoir des unités évoluant hors de la ligne de vue, donc non commandées et susceptibles d’errements.
Les hommes ne sont utilisables que pendant un temps très bref : la fatigue du combat, avec les armures, est extrême. Un homme n’est probablement pas utilisable plus d’une heure, et encore en faisant des pauses. La constitution de lignes permet d’alimenter le front en hommes reposés capables d’emporter la décision, tout en permettant aux autres de se reposer.
L’efficacité hors de proportion avec leurs effectifs des ordres religieux comme le Temple ou l’Hôpital viennen,t de leur discipline. Obéissants aux ordres rapidement, ils impressionnent et effraient. En parlant de l’Orient, les Arabes ont rapidement compris les forces et les faiblesses des armées franques : presque invincibles en affrontement régulier, elles sont sensibles à la guérilla et aux embuscades.

La Professionnalisation

Après de nombreux désastres, la solution proposée et mise en place par le Duc d’Alençon, le connétable de Richemont et les frères Bureau au XVe siècle est la rationalisation et la professionnalisation de l’armée. Elle permet la mise en place de tactiques plus élaborées et de coordination avec soutien mutuel des différentes armes, comme pour l’armée française les gendarmes d’ordonnance à partir de 1460. Une armée professionnelle apporte de très nombreux avantages :
La loyauté est directe, et non plus dépendante de la versatilité des ducs et comtes utilisant leur armée privée pour influencer la politique du roi.
L’entraînement est surveillé et réglementé.
Les milices urbaines ou paysannes ne sont plus nécessaires -traduire : la populace n’est plus armée-.
La puissance du roi est visible et a un pouvoir de dissuasion à l’intérieur comme à l’extérieur.
Les actions militaires sont plus rapides, la concentration totale.
Le seul problème est son coût, qui nécessite des finances solides ou une série de victoires (les rançons et pillages payant la guerre au détriment des perdants). La plus grande réussite des conseillers de Charles VII est probablement la remise en état de marche des finances royales qui permit la mise en place de l’armée.
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